La Bourse ou la Vie

De la féodalité à une cruelle contemporanéité le chemin ne fut pas si long, les siècles ont remplacé le coupe-gorge par les variations ascensionnelles ou plongeantes des cours de la Sainte-Bourse que les tenants repus de la sous-ventrière capitaliste tiennent serrés entre les plis disgracieux de leurs deux aines où le jouir de gagner toujours plus n’aura jamais engendré que ce que tout un autre (quart-tiers-moitié-reste du) monde n’aura cessé de gagner moins, la “faim du monde” n’est pas que pour demain, c’est tous les jours dans l’assiette; à la Bourse sonne la cloche où s’ameutent les rats, qui déjà, surfent sur la deuxième vague tsunamisante si la “déconfine” venait à surprendre des peuples déboussolés, sans cloche boursière pour les ramener à la raison des profits, des bilans positifs, du… gagnant-gagnant. II y a longtemps, des siècles encore, que la distanciation sociale à posé toute sa gestuelle-barrière, avec le social, il n’est jamais question de sauter des barrières, éviter une inexorable fracture est illusoire, on plâtre parfois, mais l’on boîte toujours après la fin des “cassures”, ce monde est ainsi fait, il ne changera jamais, l’esprit des Lumières avait-il déjà pensé que l’esprit des Limites demeurerait toujours, comme s’il fallait que chaque chose fut toujours à sa place, et une place pour “sa” chose dirais-je. Des peuples sont à la dérive, soumis aux impératifs des seules circonstances économiques pour lesquelles il faudra bien sacrifier une part de cette humanité, et bien sûr, les naïfs, les balourds et les niais pensent encore que la vie n’a pas de prix, bien sûr que si, elle a le prix de ce qu’elle ne vaut plus rien selon ce qu’on lui demande en “échange”, autant que l’argent qui s’en occupe n’a qu’une odeur que pour acheter ce que la vieillesse ne peut plus lui vendre; vocables et lieux communs tordent les vers de la poésie et sa sémantique, et les crapules encravatées se desserrent des nœuds à la gorge quand “claquent 40” coups de sang au coffre-fort de la lourde pierre de leur corps “acœuré”.
Les nouveaux projets d’ensembles immobiliers conçus par des autorités municipales courageuses créent des logements nommés: “intergénérationnels”… C’est en ces mêmes temps que sont sacrifiés sur l’autel majestueux de la Sainte-Économie, tout un pan de la société qui ne serait plus d’une activité pressante, puisqu’il faut presser et jeter, après avoir fait la peau, entre le ziste et le zeste, les épluchures ne servent qu’au compost, ce nouveau fumier des jardiniers à la mode, l’écologie nouvelle promène de nouvelles migrations, c’est fini les tomates et le persil sur les toits de Paris.
Rien ne changera, le monde d’avant, comme son métastase à venir s’appelle UN monde D’ABORD.
Mais l’on peut encore errer à sa guise par les rares vacuités que nous laissent les maîtres d’un monde, dont j’apprenais aujourd’hui la grande hâte de quitter les fièvres et les odeurs de l’argent qui n’en parfume qu’une (à mon nez), un monde qui n’en braquerait plus un autre, un monde quittant le Palais Brongniart, venu ici chez moi, à la campagne, La BOURSE OU LA VIE c’est fini, ils ont choisi, ce sera La BOUSE ET LA VACHE (ce virus aura créé quelques nouvelles vocations, ce sont surtout les vaches qui seront à plaindre désormais…), le pire n’est ni à plaindre, ni à craindre, c’est une sorte d’antonymie de l’enfer dont parlait Sartre, le pire, l’enfer, comme on voudra, n’est qu’en toi-même; jadis, dans d’autres nourritures, André Gide narrait: “Ne souhaite pas, Nathanaël, trouver Dieu ailleurs que partout.”, chercher ne fut pas le pire, mais c’est ne rien avoir trouvé qui honore l’idée simple que je me fais du bonheur.